Comparaison O062 vs loi en discussion : enjeux de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles

Les deux textes visent à combattre les violences sexistes et sexuelles, mais O062 se limite à l’enregistrement des plaintes et aux sanctions, tandis que la loi en discussion propose un cadre plus large. L’intégration et la définition des sanctions sont recommandées.

En bref : Proposition de loi pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles, avec des mesures d'enregistrement, de protection et de sanctions.

1. Points d’alignement avec le droit positif français

Ce qui est retenu de la proposition intégraleApports spécifiques de Mme Cécile ThiébaultImplications pratiques pour les victimes
Objectif commun – lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) conformément à la Loi du 9 janvier 2021 et aux articles 222‑33‑2 et 222‑33‑3 du Code pénal.Obligation d’enregistrement des plaintes (article 15‑3 du Code de procédure pénale) – un dispositif qui n’existe pas encore dans la loi intégrale.Les victimes disposent d’un enregistrement officiel de leur déclaration, garantissant la traçabilité de l’affaire et la protection contre la remise en cause de leur récit.
Renforcement des mesures de protection – mise en place de services d’accueil (services de prévention, de prise en charge médicale et psychologique) conformément à l’article 222‑33‑2 du Code pénal.Formation obligatoire des agents de police et de gendarmerie à la prise en charge des victimes VSS, incluant la sensibilisation aux traumatismes psychiques.Les victimes rencontrent des agents formés, réduisant le risque de retraumatization et améliorant la qualité de l’accueil.
Sanctions pénales – extension des peines pour les auteurs (article 222‑33‑3) et introduction de mesures de sécurité (ordonnances de protection).Sanctions spécifiques pour la non‑conformité à l’obligation d’enregistrement (amendes, suspension de fonction) – un mécanisme de contrôle qui n’est pas prévu dans la loi intégrale.Les victimes bénéficient d’une plus grande certitude que les autorités respecteront leurs obligations, renforçant la confiance dans le système judiciaire.
Références aux droits de l’homme – conformité avec la Convention européenne des droits de l’homme (art. 3, art. 8) et la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.Intégration d’un dispositif d’évaluation psychotraumatique (examen médical, suivi psychologique) dès la première prise en charge, inspiré des pratiques nordiques.Les victimes reçoivent un accompagnement psychologique précoce, ce qui diminue les risques de troubles post‑traumatiques et favorise la réintégration sociale.

2. Éléments innovants par rapport au droit actuel

Ce qui est retenu de la proposition intégraleApports spécifiques de Mme ThiébaultImplications pratiques pour les victimes
Définition élargie des VSS – incluant les violences sexuelles en ligne, les violences conjugales et les violences à l’égard des enfants.Enregistrement systématique des plaintes (article 15‑3) – un mécanisme de preuve qui n’existe pas encore dans le droit français.Les victimes disposent d’une preuve documentaire fiable, facilitant les procédures pénales et les recours civils.
Création d’un registre national – centralisation des données sur les VSS pour la recherche et la prévention.Base de données sécurisée pour l’enregistrement des plaintes, accessible uniquement aux autorités compétentes.Les victimes bénéficient d’une confidentialité renforcée tout en permettant une meilleure traçabilité des faits.
Renforcement des mesures de protection – ordonnances de protection, mesures de sécurité, accompagnement juridique.Sanctions dissuasives pour la non‑conformité à l’enregistrement (amendes, suspension de fonction).Les victimes voient les autorités obligées à respecter leurs droits, réduisant les risques de négligence ou de discrimination.
Intégration de la prise en charge psychologique – mise en place de services de santé mentale dédiés.Formation spécifique aux traumatismes psychiques (ex. exposition à la violence, dissociation).Les victimes reçoivent un accompagnement adapté à leur état psychologique, favorisant la résilience.

3. Analyse critique des écarts avec la proposition de Mme Cécile Thiébault

Ce qui est retenu de la proposition intégraleCe qui manque par rapport à Mme ThiébaultImplications pratiques pour les victimes
Obligation d’enregistrement – non prévue dans la loi intégrale.Absence d’obligation d’enregistrement dans le texte intégral, ce qui limite la traçabilité des plaintes.Les victimes peuvent être confrontées à des difficultés de preuve et à une inégalité de traitement.
Sanctions pénales – prévues mais pas spécifiques à la non‑conformité de l’enregistrement.Pas de sanctions explicites pour les agents qui ne respectent pas l’enregistrement.Risque de manque de responsabilisation des forces de l’ordre, pouvant décourager les victimes de signaler.
Formation des agents – mentionnée mais pas détaillée.Manque de programmes de formation ciblés sur les traumatismes psychiques.Les victimes peuvent subir une prise en charge inadéquate ou même une retraumatization.
Protection des victimes – mesures de sécurité, ordonnances de protection.Pas de mécanisme d’évaluation psychotraumatique systématique dès la première prise en charge.Les victimes peuvent ne pas recevoir le soin psychologique nécessaire à leur rétablissement.
Base de données – pas de registre national.Pas de registre centralisé pour les plaintes, ce qui limite la prévention et la recherche.Les victimes ne bénéficient pas d’une soutien collectif ni d’une prévention basée sur les données.

4. Évaluation de l’impact sur les victimes (approche psychotraumatique)

Ce qui est retenu de la proposition intégraleApports spécifiques de Mme ThiébaultImplications pratiques pour les victimes
Accès à des services de santé mentale – mise en place de psychologues et de psychiatres spécialisés.Enregistrement systématique qui réduit la nécessité de répéter le récit, diminuant la retraumatization.Les victimes évitent de revivre le traumatisme à chaque interaction avec les autorités.
Mesures de protection – ordonnances de protection, mesures de sécurité.Formation des agents aux signes de détresse psychologique, permettant une prise en charge plus sensible.Les victimes reçoivent un accompagnement empathique dès le premier contact.
Suivi juridique – assistance juridique gratuite.Sanctions pour la non‑conformité de l’enregistrement, garantissant que les victimes ne soient pas pénalisées par la lenteur ou l’oubli des autorités.Les victimes bénéficient d’une justice plus rapide et d’une plus grande confiance dans le système.
Confidentialité – respect des données personnelles.Base de données sécurisée pour l’enregistrement, assurant la protection des informations sensibles.Les victimes se sentent en sécurité lorsqu’elles partagent leurs informations.
Prévention – campagnes de sensibilisation.Enregistrement systématique permet de collecter des données précises pour la prévention ciblée.Les victimes bénéficient d’une prévention plus efficace grâce à des politiques basées sur des données réelles.

5. Comparaison avec les législations étrangères (Espagne et pays nordiques)

AspectFrance (proposition intégrale + Mme Thiébault)Espagne (Ley Orgánica 1/2021)Suède (Loi 2018)Norvège (Loi 2020)Finlande (Loi 2019)
Enregistrement des plaintesProposé par Mme Thiébault (article 15‑3)Pas d’obligation d’enregistrement systématiqueObligation d’enregistrement des plaintes VSSEnregistrement obligatoireEnregistrement obligatoire
Formation des agentsFormation obligatoire (traumatismes psychiques)Formation obligatoire pour les forces de l’ordreFormation obligatoire, incluant la prise en charge psychologiqueFormation obligatoireFormation obligatoire
Sanctions pour non‑conformitéAmendes, suspension de fonctionSanctions disciplinairesSanctions disciplinaires, amendesSanctions disciplinairesSanctions disciplinaires
Protection des victimesOrdonnances de protection, mesures de sécuritéOrdonnances de protection, mesures de sécuritéOrdonnances de protection, mesures de sécuritéOrdonnances de protection, mesures de sécuritéOrdonnances de protection, mesures de sécurité
Suivi psychologiqueProposé (évaluation psychotraumatique)Suivi psychologique obligatoireSuivi psychologique obligatoireSuivi psychologique obligatoireSuivi psychologique obligatoire
Base de donnéesProposé (registre national)Pas de registre nationalRegistre national des VSSRegistre nationalRegistre national
Impact psychotraumatiqueRéduction de la retraumatization grâce à l’enregistrementRéduction de la retraumatization grâce à l’enregistrementRéduction de la retraumatization grâce à l’enregistrementRéduction de la retraumatization grâce à l’enregistrementRéduction de la retraumatization grâce à l’enregistrement

Implications pratiques pour les victimes

PaysAvantages pour les victimesLimites potentielles
FranceEnregistrement systématique (si Mme Thiébault est adopté) + formation des agents + suivi psychologiqueSans l’enregistrement, risque de retraumatization et de preuves insuffisantes
EspagneEnregistrement systématique + suivi psychologiquePas de registre national, ce qui limite la prévention à grande échelle
Suède, Norvège, FinlandeEnregistrement systématique + registre national + suivi psychologiqueLes procédures peuvent être plus longues, mais la traçabilité est excellente

Synthèse et recommandations

  1. Intégrer l’obligation d’enregistrement (article 15‑3) dans la loi intégrale afin de garantir la traçabilité des plaintes et de réduire la retraumatization des victimes.
  2. Adopter les sanctions disciplinaires prévues par Mme Thiébault pour la non‑conformité des agents, afin de renforcer la responsabilité et la confiance des victimes.
  3. Mettre en place un registre national (inspiré des modèles nordiques) pour collecter des données fiables, soutenir la recherche et orienter les politiques de prévention.
  4. Formaliser la formation des agents aux traumatismes psychiques et à la prise en charge sensible des victimes, en s’appuyant sur les programmes de formation nordiques.
  5. Garantir un suivi psychologique systématique dès la première prise en charge, conformément aux bonnes pratiques internationales, afin de réduire les risques de troubles post‑traumatiques.
  6. Veiller à la protection des données et à la confidentialité des victimes, tout en assurant la transparence nécessaire à la prévention et à la recherche.

En adoptant ces mesures, la France pourra non seulement aligner son droit positif sur les meilleures pratiques européennes, mais aussi offrir aux victimes un cadre juridique et humain qui respecte leur dignité, protège leurs droits et favorise leur rétablissement psychologique.

Généré le 04/12/2025 - Analyse juridique spécialisée en droit pénal et civil, VSS et psychotraumatisme